SaintéLyon 2024 : j’ai réalisé le rêve de ma vie (partie 2)

30 novembre, 23h50 : le top départ pour le rêve de ma vie est donné.

J’avais suivi les conseils de tous ces gens qui disaient de beaucoup boire la journée avant la course et m’étais littéralement explosé le bide avec de l’eau et du thé. Quelle mauvaise idée….

Il était bien évidemment impossible d’aller aux toilettes dans le parc des expos (la file d’attente…) et dans le sas (pas de toilettes…), donc autant vous dire que le paysage du premier kilomètre s’est résumé à une énorme file de mecs qui pissaient sur le bord de la route pendant que les femmes dont je fais partie devaient se retenir dans l’espoir de trouver un petit coin discret (pas sous toutes les lumières) pour vider leur vessie. Ce moment n’est jamais arrivé et c’est donc la mort dans l’âme que j’ai dû la vider devant le portail d’une maison à 2km du départ. Ça commençait bien.

Les premiers kilomètres se sont très bien passés. On était sur du bitume et le terrain était plutôt plat malgré quelques montées qu’à ce moment-là je jugeais ENORMES alors que c’était du pipi de chat par rapport à ce qui allait arriver (heureusement que je n’en étais pas consciente, mdr). L’ambiance était bonne mais pas non plus transcendante, me poussant même à me dire que ce que j’avais vécu sur la SaintéSprint allait limite être plus émouvant (mdrrrrrrrrrrrr, si j’avais su).

Ravitaillement 1 : Saint-Christo en Jarez (19,95km – 2h56)

Après une vingtaine de kilomètres et un peu moins de 3h de course (mais vraiment un tout petit peu moins), nous voilà enfin au ravitaillement de Saint-Christo. Je dois vous avouer que j’ai tellement rêvé de cette course que j’avais imaginé vivre chacun des ravitaillements et donc que j’arrivais dans un endroit qui me semblait familier alors que je n’étais bien sûr jamais venue dans ce trou perdu de la mort où même un mort ne serait pas resté.

Le ravitaillement a été le pire de toute la course : une organisation à la hauteur de celle de mon mec (proche du néant donc) et des centaines de gens qui faisaient la QUEUE sur une COURSE pour avoir L’HONNEUR de pouvoir remplir leurs putains de FLASQUES D’EAU. Et une fois celles-ci pleines d’eau, on se retrouvait trempés jusqu’à l’os par des gens qui vidaient leurs flasques durement remplies sur nos pieds et nos fringues. Un extrême mauvais souvenir, à tel point que c’est le seul moment où j’ai dit à Alex « je vais abandonner » en repartant du ravitaillement.

Prise dans une folie de « j’veux me tirer de ce ravito », j’ai totalement zappé la partie ravitaillement solide. Et c’était ma première erreur.

Ravitaillement 2 : Sainte-Catherine (33,3km – 5h42)

Km33, ravitaillement de Sainte-Catherine. J’avais tant redouté ce passage où tout le monde me disait que voir les navettes d’abandon sur le côté me mettrait un petit coup au moral. Et pourtant, en voyant que leur vision ne me donnait absolument pas envie de m’arrêter, j’ai compris que ça allait le faire et que j’allais vraiment devenir finisher de ce trail iconique. Ben oui, on m’avait tellement dit « t’inquiète le plus dur c’est entre le 20e et le 50e » qu’arriver en forme au 33e me surprenait autant que ça me rassurait.

J’ai en revanche eu un petit coup au moral en apprenant que mon cousin, blessé au genou, avait dû abandonner à ce moment-là.

Pour ne pas tenter le diable et se refroidir, j’ai vite demandé à Alex de repartir après à peine 5 min d’arrêt au ravitaillement (dont 3 à chercher mon gant qui avait voulu quitter la course alors qu’avec 2 degrés j’avais besoin de lui jusqu’au bout). Deuxième ravitaillement solide quasiment sauté et deuxième grosse erreur.

La montée du Rampeau

Les kilomètres défilent et je me sens étrangement plutôt bien. Aucune douleur aux jambes n’est à signaler et les montées qu’on me décrivait comme étant atroces me semblent plutôt ok. Ahahahahahah. C’est exactement au moment où mon cerveau a pensé que les gens abusaient sur leurs visions des montées qu’est arrivée celle du Rampeau. La fameuse.

C’était atroce. Que personne ne mente : c’était ATROCE.

Il s’agit clairement d’une montée infinie (en plus je l’ai courue de nuit parce qu’à ce moment-là niveau chrono j’étais plutôt pas mal donc on ne voyait pas la fin de la montée) et, je suis peut-être légèrement marseillaise, mais j’ai l’impression que c’était un mur d’escalade qui a duré 4 bornes. 4 kilomètres à monter, prier pour que la montée se finisse là dans le noir profond où notre champ de vision s’arrête, puis découvrir que là dans le noir profond où notre champ de vision s’arrête c’est même pas le QUART de cette montée de l’angoisse.

Un énorme merci à toutes les personnes qui ont passé la nuit à nous encourager à ce moment de la course. Ça donne une force que les non coureurs ne peuvent même pas imaginer.

Une fois arrivée en haut de la montée, point culminant de la course, je me sans encore assez bien mais suis consciente que je puise dans des réserves que je n’ai plus. Et pour cause, je n’ai rien mangé et le ravitaillement qui arrive est un ravitaillement sans nourriture.

Ravitaillement 3 : Saint Genou (48,3km – 8h35)

Le soleil s’est levé et malgré le nouveau souffle qu’on m’avait promis au lever du jour, je commence à vraiment me sentir faible, me rassurant en me disant que c’est peut-être normal. Après tout, je viens de dépasser la distance maximum que j’ai jamais courue.

Je m’assieds pendant une quarantaine de minutes, laissant Alex gérer le remplissage des flasques et la remotivation des troupes (la mienne). Puis nous voilà repartis pour les 34 kilomètres qui me séparent de la réalisation de mon rêve.

Ravitaillement 4 : Soucieu en Jarrest (61,1km – 11h27)

Je savais que mes parents et ma belle-mère m’attendraient à Soucieu puis à l’arrivée, par peur de ne pas avoir le temps d’arriver à temps à Chaponost si j’activais mon mode fusée (mdr, l’histoire racontera qu’ils ont eu le temps d’aller à tous les ravitos et même de m’y attendre 2h30) et me raccrochais à cette idée, et au fait que je devais absolument faire croire à mes parents que tout allait bien sinon je savais qu’ils me forceraient à m’arrêter.

Le kilomètre qui précède Soucieu, je tente de sourire pour me convaincre moi-même que ça va, mais la vérité c’est que l’enfer commençait déjà.

Une fois arrivés au ravitaillement, je m’effondre en larmes. Je ne sais pas qui je pensais pouvoir convaincre que ça allait avec ma gueule de momie déterrée, mais personne n’y a cru. Mes parents me proposent de m’arrêter là mais comment s’arrêter à 20km de son rêve en sachant qu’il faudra tout recommencer l’année prochaine ?

Nous voilà donc repartis, consciente qu’il reste un semi marathon à peine et que le semi est une distance que je connais par coeur. Mais un peu moins par coeur quand elle a été précédée de trois autres semis.

Alex m’avait dit qu’il était normal d’être un peu démoralisé par les relayeurs en meilleure forme qui nous doublaient. En réalité, ça ne me faisait rien car je me disais que eux ils ne seraient pas finishers de LA SaintéLyon. En revanche, le vrai coup au moral a été de voir que les participants de la randonnée allaient plus vite que moi qui étais censée courir…

Ravitaillement 5 : Chaponost (68,5km – 12h57)

Km 68 et dernier ravitaillement à Chaponost. Mon état était assez inquiétant, sous nourrie et sans aucune énergie. Mes jambes tenaient à peine et s’est alors posée une dernière fois la question (enfin mes proches se la sont posée mais ça n’a jamais été une option pour moi) : s’arrêter en sachant que je ne serais jamais en mesure de recommencer l’année prochaine avec autant d’éléments de mon coté (santé ok, pas d’eczéma, météo au top) ou continuer dans la souffrance extreme. On choisira la deuxième option.

Un instant, j’ai hésité à demander à mes parents de m’emmener à l’arrivée en voiture. Ma mère m’avouera cinq heures plus tard qu’elle a proposé la même chose à mon père…

La fin de course

Km 73 et je n’ai toujours quasiment rien avalé. Au moment où Alex me donne une compote en me forçant à la manger, je m’écroule dans ses bras. Malaise.

Il me dit qu’il faut s’arrêter, que certes il reste que 9km et qu’en plus ce n’est que de la route, pile l’endroit où j’aurais dû foncer sans m’arrêter et faire les 9km en 1h-1h10 maximum, mais que vu mon état, il est impossible de courir alors que même marcher me demande une force et une résistance à la souffrance comme je n’ai jamais vécu et donc que continuer signifie repartir pour 3h-3h30, soit quasiment le record de durée de sport faite d’une traite dans ma vie. Il veut que l’on abandonne, c’est dangereux pour moi et malheureusement tout ce que je mangerai maintenant n’y changera rien.

Je supplie Alex de continuer en lui faisant croire que tout va mieux (l’illusion n’a duré que 500 mètres) et lui explique que s’arrêter veut dire repartir l’année prochaine et me supporter 80km l’année prochaine semble au-dessus de ses forces. Alors on continue. Et c’est terrible.

Mon corps ne peut plus me porter, je m’appuie sur Alex et marche à 15min au kilomètre, sur route, sur du quasi plat, sans aucun obstacle et sans montée (je regrette tout ce que j’ai dit sur le dénivelé quand j’ai fait la saintésprint, OUI LA FIN EST TOUT PLAT).

On nous annonçait 82km de course et quand tu marches à 15min au kilomètre, chaque mètre de plus te rajoute des minutes intenables. Quand je vois Confluence, cette scène dont j’avais tant rêvée car elle signifie que l’arrivée est proche, je m’effondre. J’ai mal, je leur en veux de voir 82,5km sur ma montre alors que je sais que l’arrivée est encore dans minimum 1km. Et je ne profite absolument pas de ce moment qui aurait dû être magique.

Des montées d’escaliers, des virages à 180 degrés, des pauses à 300 mètres de l’arrivée car je ne pouvais plus me lever : cette fin a été absolument atroce. Et le tapis bleu dont j’avais tant rêvé m’a paru si interminable que je n’ai même pas pu en profiter.

On a finalement passé la ligne d’arrivée avec 40 minutes de marge sur la barrière horaire. Je me suis effondrée, incapable même de parler. J’ai terminé la SAINTELYON 2024, OMG.

A un mois de la course, je crois que je ne réalise toujours pas ce qu’il s’est passé. Cette aventure a été la plus belle de ma vie et je sais que j’y retournerai même si j’ai tenté de me convaincre que c’était une mauvaise idée.

Rendez-vous en 2026 pour la revanche !

3 réflexions sur “SaintéLyon 2024 : j’ai réalisé le rêve de ma vie (partie 2)

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