2 avril 2023. La date qui allait changer ma vie.
Si j’avais initialement prévu de raconter cette folle aventure dès sa fin, à chaud, pour retranscrire au mieux les émotions qui m’avaient envahie ce jour-là, j’ai finalement vite compris que réaliser ce que je venais d’accomplir allait être plus long que les 4h de course (qui l’étaient pourtant déjà pas mal..).
Alors nous y voilà, le 12 avril 2023, dix jours après ce qui est pour moi un exploit, à devoir poser sur papier le plus beau jour de l’éternité (oui, je fais partie de la vieille école qui écrit sur papier pour ensuite retranscrire sur ordi) (ndlr : c’est donc pour cela que l’article est rédigé le 12 avril mais publié le 23 aha).
La veille. 1er avril 2023.
Le stress, l’appréhension, mais aussi l’envie folle d’enfin arriver à cet événement qui me fait tant rêver. Je bouillonne et réalise la chance que j’ai de pouvoir vivre ce rêve que je pensais hors de portée puis qui a failli être reporté voire annulé.
Physiquement je me sentais prête (léger petit doute tout de même quand un 5km tout doux m’a essoufflée trois jours plus tôt), mais j’étais consciente que ma plus grande faiblesse ça allait être le mental et qu’il était hors de question que je rate cet objectif parce que j’étais une quiche molle mentalement parlant.
Un petit tour à la messe pour s’assurer que les forces supérieures seraient avec moi, un bon plat de pâtes bolognaise pour prendre soin de mon corps et mon esprit, une dernière vérification de l’équipement (non je rigole, on a fait ça le jour même à 6h du matin, mdr…) et hop, nous voilà partis pour une bonne nuit de sommeil… enfin… une nuit de sommeil…. enfin, BEAUCOUP de sommeil.
Et oui, parce que qui dit personne anxieuse dit stress et qui dit stress dit quasiment pas d’heures de sommeil. J’ai donc passé la nuit à faire des cauchemars à base d’Alex qui me larguait juste avant le marathon (c’est pas que je l’aime hein, mais c’était mon lièvre pour la course donc bon) et de plages horaires de 2-3h pendant lesquelles il m’était impossible de fermer l’oeil, imaginant tous les pires scenarii pour le lendemain. Bref, j’étais vraiment dans de superbes conditions pour réussir ce marathon. ❤
Jour J, 2 avril 2023
Levée à l’aube : aussi stressée que surexcitée, aussi pressée que paniquée, mais levée, et prête à réaliser ce défi fou (avec mon lièvre qui a vraiment failli me quitter quand je l’ai réveillé à 4h du mat pour m’assurer qu’il m’aimait encore contrairement à mon cauchemar, oups).
On s’habille, je prends le risque de courir ce marathon avec un short d’une marque inconnue acheté la veille sur le salon du marathon juste parce que je le trouvais beau, sans être sure qu’il allait être confortable et à la hauteur techniquement pour ces 42km. Priorité au look. Toujours.
20 min de transport plus tard, nous voilà sur le lieu de départ ou plutôt dans l’interminable file d’attente pour les toilettes. 40 minutes dans le froid et une vessie vidée plus tard, on arrive cette fois-ci dans la vraie entrée du SAS, destination : mon rêve.
Les minutes passent, le SAS se vide, on se retrouve à cent mètres de l’arche de départ quand Alex me dit d’enlever mon coupe-vent et de le ranger dans mon sac car ce n’est plus qu’une question de minutes avant que l’on ne parte. Je me sens de moins en moins prête mais pas question de reculer. De toute façon des milliers de gens entassés derrière moi dans le SAS bloquent la sortie. C’est trop tard, il va falloir se lancer.
Alexandre me fait un dernier petit briefing : mange bien, bois beaucoup, stresse pas trop. Ok chef. On va voir.
Ma stratégie d’alimentation était la suivante : je buvais dans ma gourde tous les kilomètres, je mangeais des noix de cajou salées tous les kilomètres impairs (un kilomètre sur deux quoi) et je prenais une compote ou une barre de céréales tous les dix kilomètres. Bon, ça c’était la théorie. En pratique ça n’a fonctionné que sur les 30 premiers kilomètres, avant que je ne me retrouve à ne même plus avoir assez d’énergie pour savoir à quel kilomètre j’en étais.
On s’approche de plus en plus de l’arche, jusqu’à se retrouver juste en dessous de celle-ci. Je réalise que ça y est, je vais enfin vivre mon rêve pour lequel je bosse depuis douze semaines et donc je rêve depuis au moins le triple.
Le départ est donné. Je m’élance sur les Champs Elysées qui me semblent vides alors que je suis sure que l’on n’a jamais été aussi nombreux dessus. Je me sens dans ma bulle, en train de réaliser le rêve de ma vie. Bon, la bulle a vite explosé quand j’ai commencé à me sentir essoufflée au bout de trois bornes, comprenant immédiatement que ça allait vraiment être compliqué d’en faire 40 de plus.
Initialement partis sur un rythme de 5’30 au kilomètre, on est vite descendu à 5’40 car je me sentais bien mieux à cette allure et que dix secondes au kilomètre ne changeraient in fine pas grand chose sur 42.
Les dix premiers kilomètres se sont plutôt bien passés, même si je m’inquiétais de ressentir des signes de fatigue (surtout mentale) alors que tout le monde me disait que sur le marathon le premier semi on ne le sentait pas passé (désolée de vous dire que si).
Tout va pour le moment bien. Je calcule dans ma tête que dans 17km c’est terminé puis je réalise qu’en fait c’est dans 27 et qu’il faut que j’arrête les calculs mentaux. Je ne ferai plus jamais ce genre de calcul jusqu’à la fin, ceux-ci me faisant plus mal à la tête que le marathon ne me faisait mal aux pattes et puis de toute façon ça déprime plus que ça ne rassure de calculer ce qu’il reste à parcourir.
On arrive au semi marathon. Les larmes commencent à monter. Il y a pile un an, j’avais attendu ma belle-mère au moment endroit et j’avais vu à quel point l’ambiance était folle. Je me sens bien en forme. Je trouve ça étrange car à chacun de mes semi marathon, quelle que soit l’allure, j’arrivais en étant morte à la fin. Tant mieux, si c’est comme ça tout le long je vais en faire toutes les semaines des marathons (spoiler : c’est pas comme ça tout le long).
Baptiste me rejoint, initialement pour faire 5 km avec moi (il se retrouvera à devoir finir la course, bichette). Mes parents m’appellent en FaceTime. Tout va bien.
Le 27e kilomètre est déjà là. Baptiste continue de courir avec moi. Je me sens super bien et ne comprends pas trop pourquoi tout le monde parle du mur du 30e km alors que rien ne laisse pour le moment présager un quelconque mur qui pourrait arriver. LOL.
28e kilomètre : le mur. Les montées, descentes et tunnels me semblent sans fin. Je n’ai pas mal aux jambes (enfin ça va quoi) mais mon mental craque totalement. Je savais que c’était mon point faible, mais j’avais pas réalisé à quel point.
Ma belle-mère nous rejoint au 31e kilomètre. Ca me donne un peu de pêche mais pas suffisamment pour ne pas craquer complètement au 34e. Et là commence un supplice, une bataille mentale intérieure pour ne pas craquer et marcher. Cette bataille contre moi-même durera 4 kilomètres. Je ne sais même pas comment décrire ce moment, entre vertiges, pleurs, souffrance, peur, dégout, douleurs : rien n’allait.
Je supplie Alex de me laisser marcher juste dix secondes pour repartir plus forte. Il refuse. Je ne comprends pas ses raisons et lui en veux de ne pas prendre en considération ma souffrance et ne pas me laisser quelques secondes de répit, sachant que contrairement à 99,9% des coureurs je n’avais pas marché une seule seconde aux ravitaillements précédents, Alex remplissant lui-même mes gourdes et étant en autosuffisance alimentaire. J’ai compris à l’arrivée pourquoi je n’aurais pas pu repartir si j’avais trop ralenti : les jambes se congestionnent dès que l’on s’arrête une demie seconde. Merci Alex (et heureusement que tu m’as pas quittée avant le marathon, sinon j’aurais marché).
Bref, 37e kilomètre, je pleure et supplie Alex de me laisser marcher. Il me demande de lui jurer que je ne peux pas continuer. Je ne peux pas jurer un truc faux puisque physiquement ça va, donc je me tais et continue. Je pense à ma famille qui me suivait (du moins jusqu’à ce que l’appli bug), je vois aussi tous les messages de mes super amis que j’avais briefés avant la course pour qu’ils m’écrivent à partir du 30e kilomètre et surtout je ne me vois pas ne pas terminer cette course que j’avais tant préparé.
On arrive au 38e kilomètre et là mon cerveau vrille, je me sens pousser des ailes, certaine que je vais réussir à terminer cette course et réaliser ce rêve. Cette sensation est folle. Je redoutais les derniers kilomètres alors que ça a été le meilleur moment de mon existence.
Les kilomètres défilent, Baptiste et ma belle-mère sont encore avec nous. Je rêve de ce moment où je verrai la ligne d’arrivée.
Elle est là, 200 mètres devant moi. J’ai tant admiré tous ces sportifs qui la passaient l’année dernière et maintenant c’est moi, la petite Audrey pas sportive qui s’est un jour dit que faire un marathon ça pourrait être chouette.
Je ne sais pas assez de force pour pleurer, je veux juste m’asseoir (terrible erreur de débutante, j’ai jamais pu me relever).
Après une bataille aussi longue que le marathon pour rejoindre la voiture située à littéralement 800 mètres de nous. Je me retrouve assise sur un siège, seule face à mes pensées, en train de me rendre compte que je viens de courir un marathon. Je récupère mon portable et lis tous les messages que j’avais ratés. J’ai eu tellement de chance d’être accompagnée dans ce défi auquel, au début, personne de mon entourage ne croyait. C’est fini, le plus beau jour de ma vie est fini.
J’ai tellement imaginé les émotions que je pourrais ressentir une fois ce défi coché dans ma liste d’objectifs pour 2023 mais aucune de mes pensées n’a représenté la réalité. Au-delà de la course en elle-même il y a tous les sacrifices que j’ai dû faire pour en arriver là, toutes ces heures de préparation dont 70% des séances pendant lesquelles j’étais pas motivée mais pour lesquelles je me suis forcée. Au-delà de la course en elle-même il y a aussi tous ces moments de doute auxquels je ne devais pas laisser une trop grande place pour ne pas être démotivée.
Je suis allée au bout de moi-même, je me suis prouvée qu’aucun rêve n’était inaccessible si on travaillait pour.
Je suis marathonienne. Et tellement heureuse.
A bientôt,
Audrey
Bravo pour cette course et ce récit plein d’émotions !
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Merci, c’est adorable 🙂
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