Mon périple chez le cardiologue

Saluuuuuut,

Pour ceux qui sont pas au courant (= personne puisque je le dis dix fois par jour mais c’est la politesse de le rappeler) : je suis épileptique. Sauf qu’après trois mois de rendez-vous médicaux chez les plus grands spécialistes de cette Terre (et c’est pas fini), ben on a toujours pas trouvé ce que j’avais, mais on continue à chercher.

Quand je suis allée chez ma neurologue il y a un mois, elle m’a demandé de passer assez rapidement (mais pas trop pour pas m’inquiéter) des examens chez un cardiologue pour vérifier, au cas où (ce « au cas où » je l’entends beaucoup trop de fois depuis six mois).

Mon emploi du temps de ministre m’empêchant de prendre un rendez-vous avant, j’ai dû attendre lundi pour me rendre chez mon merveilleux cardiologue. Sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu.

Je ne suis jamais allée voir un cardiologue donc je ne savais pas trop comment choisir celui qui allait devenir le mien. J’ai alors scruté Doctolib à la recherche du cardiologue qui au-delà de vérifier mon coeur allait surtout pouvoir le conquérir. Etant une fille superficielle comme personne, je me suis bien sûr tournée vers le plus beau de Doctolib. Et j’ai pas été déçue.

Le plus beau de Doctolib était situé à deux arrêts de métro de chez moi, le cabinet semblait magnifique (tu m’étonnes) et en plus de ça il avait un rendez-vous à 18h soit après la fin des cours. Tout semblait donc parfait. Le seul hic est qu’il était en dépassements d’honoraires mais bon c’est le prix à payer pour trouver l’amour et ça allait me faire économiser un abonnement à Meetic donc ok c’est parti, rendez-vous pris pour ce lundi 17 mai à 18h.

Je pars de chez moi à 17h30 car je déteste être en retard. Je regarde le trajet sur Google map et là je me rends compte que c’est hyper bizarre parce que le cabinet semble très proche du stade Jean Bouin, maison du XV de France de rugby. Je me dis lol c’est trop rigolo au moins ça sera facile à retrouver, lol.

Pas trop lol en fait parce qu’arrivée devant le cabinet je me rends compte qu’au-delà être « à côté du stade Jean Bouin », le cabinet est DANS le stade Jean Bouin. Je me dis bon ben ok peut-être qu’ils ont trouvé ça marrant de pouvoir faire leurs consultations au rythme des applaudissements des supporters (quand les stades étaient encore ouverts) (sujet sensible).

Je rentre dans le cabinet, tombe sur une secrétaire archi gentille qui me demande de compléter une feuille de renseignements comme c’est mon premier rendez-vous. Je remplis la première case, la deuxième, la douzième quand soudain j’arrive à une question qui me perturbe « citez les sports pratiqués ».

Je commence à paniquer parce que comme j’ai dit sur Snapchat je me suis dit, je cite (oui je m’auto cite), : « ouais euh je cours trois fois par semaine, je nageais deux fois mais les piscines sont fermées et je suis pas montée sur un vélo depuis que j’ai failli mourir en chutant cet été ». Bon j’écris « course à pied » parce qu’il faut bien mettre un truc et on verra comment ça va se passer (mal).

Je pars m’installer dans la salle d’attente en passant devant des bureaux inscrits « kinésithérapeute du sport », « médecin du sport ». Je me sens vraiment pas à ma place et vais encore moins m’y sentir quand le mec à côté de moi qui m’avait rassurée quand j’avais vu qu’il n’avait pas vraiment un physique de sportif dit à son amie qu’il espère que le cardiologue va lui donner directement un certificat médical pour le marathon qu’il prépare sans l’obliger à revenir le consulter plus tard.

Le temps passe, je me rends de plus en plus compte qu’en plus de ne pas être à ma place je suis complètement dans la merde quand mon cardiologue va découvrir que j’ai un cardio de fille de 80 piges (non je rigole Garmin a dit que j’avais 20 ans en âge cardiaque, soyez pas jaloux) alors qu’il voit passer des sportifs de haut niveau tous les jours.

Le cardiologue est en retard, suffisamment en retard pour que mon stress devienne de plus en plus difficile à supporter et que mon rythme cardiaque augmente plus qu’il ne devrait. Je sens qu’il bat de plus en plus vite, même ma séance de course à pied d’une heure et demie avant ne m’avait pas autant stimulée au niveau cardiaque.

Tant de questions ont le temps de filer dans ma tête : comment lui expliquer que je me suis trompée en prenant le rendez-vous et que je ne suis pas du tout sportive ? Que va-t-il penser de moi quand il va découvrir que je suis une pigeonne de 23 ans qui n’a pas compris ce que voulait dire « Institut médical SPORT santé » (c’est le nom du cabinet donc j’aurais pu me douter de la suite de l’histoire mais je m’étais dit que dans SPORT santé il y avait santé donc que le sport n’était qu’une partie du délire) (grave erreur) ? Vais-je vraiment faire une tachycardie par angoisse du rendez-vous chez le cardiologue ? Est-ce donc mon heure ?

Bref, le cardiologue arrive. Il est aussi beau que sur Doctolib mais j’espère surtout qu’il est gentil et compréhensif. Je le regarde avant même de m’asseoir, et lui dit « vous êtes uniquement cardiologue du sport ? Non parce que je cours mais je suis pas Usain Bolt quoi ». Il rit (bon public en plus d’être mignon, je valide je valide) et me dit « la médecine du sport est une spécialité mais je reste avant tout cardiologue ». Ouf, moi être rassurée.

On s’assied. Il commence à me demander mon problème. Je lui explique. Il me dit qu’on va examiner mon coeur (oui, je suis là pour ça Monsieur) blablabla.

J’avais prévu le coup et mis un soutien-gorge (ce qui arrive trois fois par an, celle-ci en fait donc partie) car je me doutais bien qu’il allait pas examiner mon coeur au-dessus de mon débardeur (j’avais pourtant choisi le plus beau). Problème : j’ai quand même dû finir à moitié à poil parce qu’il avait besoin de m’examiner pile sous le sein (on me dit dans l’oreillette et surtout dans les commentaires que c’est pile la place du coeur) (j’ai pas fait un bac S, doucement). Bref, je m’en fiche, ma famille a un appart au Cap d’Agde donc la nudité on connait (ou pas).

Il m’examine etc et me dit que tout va bien dans le meilleur des mondes. Il dit même que j’ai un coeur de sportive avec des battements très lents. Je me sens archi fraiche jusqu’au moment où je me souviens que j’ai recommencé la course à pied il y a cinq semaines et que la première fois j’ai couru 400 mètres et craché mes poumons si forts que tous les gens autour de moi pensaient que j’allais faire bondir les chiffres de la covid.

Il faut savoir que ma neurologue m’avait fortement déconseillé de reprendre la course à pied avant quelques mois à cause de l’épilepsie. Je l’avais écoutée au début mais honnêtement ça me soulait de voir mon niveau diminuer (le truc des 400 mètres c’est une exagération évidemment mais j’étais dans le mal quand même) donc j’avais recommencé.

Je m’attendais à me faire dégommer par mon cardiologue en lui disant que j’avais recommencé à courir. J’aurais pu me taire sur le sujet mais autant que son statut de médecin du sport soit utile alors j’ai avoué ce péché mortel, déjà prête à esquiver ses coups. Sa réaction fut tout le contraire de celle que mon cerveau avait déjà eu le temps d’imaginer : il m’a dit que c’était extrêmement bien et m’a même proposé un test VMA pour m’améliorer en course à pied (??????????????). Donc en gros vous êtes en train de me dire que ma neurologue m’interdit la course à pied pendant que vous me proposez de passer un test où il faut courir le plus vite possible pendant six minutes ? Oui, il était en train de me dire ça.

Je suis repartie des étoiles dans les yeux (et des traces de colle de l’électrocardiogramme sur le torse), prête à vivre ma nouvelle vie de fille avec une maladie dont les seuls désagréments aujourd’hui sont la prise quotidienne de médicaments qui me font partir dans un autre monde pendant 20-25 minutes. Mais bon, après tout y en a bien qui PAIENT de la drogue pour avoir les mêmes effets…

Merci la vie (et merci le super cardiologue trop beau de Doctolib).

Bises la compagnie,

Audrey

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