6h30. Moment du réveil.
La fatigue a pris le dessus sur ce camp et nous ne sommes que des fantômes tentant tant bien que mal de plier nos tentes pour arriver au départ. Il faut déjà tout ranger. L’aventure est finie. Déjà, finie.
Finie, enfin presque. Reste encore l’étape de 27km, soit la plus grande distance que j’aurais faite pendant cette course, sous une pluie démentielle et avec un vent contraire qui nous suivra jusqu’à la ligne d’arrivée malgré nos espoirs du départ.

8h : le départ est donné. Je me sens étrangement bien. Je cours pas mal, notamment dans les montées (ce qui n’arrive jamais) et me met même à prendre des dunes qui auraient pu être évitées par un chemin plat à 10m de là. Je suis on fire et Alex est un peu sur le cul.
Malgré ma folie passagère et ma joie (de courte durée) d’être ici, il pleut beaucoup pendant la première heure et le vent qu’on pensait passager ne fait qu’augmenter.
Après le premier checkpoint, le dénivelé annoncé par l’organisation est censé être terminé. On s’est donc tous autorisés à penser que ça allait être tout plat jusqu’à la fin, alors même qu’on rentrait dans une succession de dunes à monter et descendre sans en voir la fin.

Mes guêtres qu’on avait décidé d’agrafer (solution de dernière chance) tiennent plutôt bien, sauf sur le devant qu’on a dû désagrafer après s’être rendu compte que les agrafes me rentraient littéralement dans le pied à chaque pas à environ 3 minutes 12 du départ. Il devient aussi impossible d’avancer en ouvrant les yeux tellement le vent dans les dunes est violent.
Les 11 derniers kilomètres se résument à une immense plage sans fin, très monotone et avec un putain de vent de face qui me fait parfois reculer. Je compte les kilomètres, en me promettant de ne jamais refaire cette course qui me pousse à bout mentalement. Cette promesse a été plus courte que le temps qu’il m’a fallu pour m’endormir une fois rentrée à l’hôtel.
Puis arrive le 27e kilomètre, censé être la fin de l’étape. Mais aucune ligne d’arrivée en vue. Elle ne sera que deux kilomètres plus loin. Et deux kilomètres, à 12 minutes au kilomètre, ça fait beaucoup.
On voit enfin la ligne d’arrivée. C’est la fin. On l’a fait. On a fini le Marathon des Sables Atlantic Coast 2025. Et je crois que je viens de vivre la meilleure aventure de toute mon existence.