Après 6h de navette pas très reposantes puisque j’ai réussi à fermer l’oeil une heure tout au plus, le bus nous a déposés dans un endroit avec approximativement rien autour : sur le départ de la première étape du Marathon des Sables Atlantic Coast 2025. Et c’est à ce moment-là que j’ai fait la rencontre de ce qui allait être mon pire cauchemar pendant les 4 jours qui ont suivi : les toilettes de la course.
Pour des raisons je pense écologiques, les WC n’étaient ni des toilettes normales que j’aurais appréciées, ni des toilettes turques qui, sans être confortables, auraient au moins eu le bénéfice d’être des toilettes. A la place, l’orga avait installé des sortes de cuvettes dans lesquelles il fallait mettre un sac et faire attention à ne pas poser son gros cul dessus mais à rester en squat pour ne pas prendre le risque qu’elles tombent. Ça a un certain charme quand tu n’arrives pas à caser ton renfo de la semaine, mais ça devient beaucoup moins cool quand tu sais que tu vas devoir courir 120 bornes et rentrer en pissant là-dedans.
Vers 9h le vrai départ a été donné et c’est à ce moment-là seulement que j’ai commencé à réaliser ce qu’il se passait. On ne connaissait encore quasiment personne de nos coéquipiers de galères puisqu’on était un peu tous restés dans notre coin à l’hôtel (même si tout le monde me voyait déjà comme la putain de meuf qui avait perdu sa pochette après 10 min sur le sol marocain) (ils savaient pas encore que c’était que le début des galères de mon aventure) mais on se regardait tous en mode « ça va être tendu ».
C’est aussi le moment où j’ai découvert ce que c’était de courir dans du sable mou. Les kilomètres en allure 10 min au km correspondant approximativement à des kilomètres à 4 d’allure sur de la route, la chaleur (ah si j’avais su, je me serais jamais plainte de la chaleur mdr) et les bâtons indispensables mais que je n’avais bien sûr jamais testés avant donc que je me prenais continuellement dans les pieds : bref, je me suis rapidement dit que ça allait être chaud mais par chance, l’épreuve du jour ne faisait que 23km.
Au 7e kilomètre est arrivée la première dune d’une longue série. On va pas se mentir, c’était splendide, mais c’est bien tout ce que c’était. Moi qui m’étais sentie pousser des ailes dans les montées de la première partie de la SaintéLyon, j’ai très vite compris que le dénivelé sur terre et celui sur sable ne donnent pas vraiment le même ressenti.

Après une énorme montée (pas celle sur la photo) (je vous jure qu’elle était énorme), je me suis dit que j’allais profiter de la descente pour courir un peu, chose que je n’avais pas faite depuis environ 6,9km. Quelle bonne idée.
Arrivée en bas de la descente, j’ai senti une sensation étrange sur mes pieds. Du sable. Alors quand t’es au milieu du Sahara tu te dis que c’est pas si étrange d’avoir du sable dans les pieds. Mais si. Parce qu’on avait collé de super guêtres censées protéger les pieds du sable pour ne pas prendre des ampoules qui viendraient compliquer la course, voire rendre quasiment impossible de la terminer. J’ai baissé les yeux, jusqu’à me retrouver nez à nez avec mes guêtres décollées.
Petit moment de panique puisque je m’étais fait la réflexion dans le bus que j’avais pensé à tout, sauf à la colle pour les coller si elles se décollaient. A tout…. sauf à la colle pour les coller si elles se décollaient. Et c’était exactement ce qu’il venait de se passer.
J’ai commencé à pleurer en comprenant que ma course venait peut-être de s’arrêter là, en bas de la première dune. Après plusieurs arrêts réguliers pour vider mes chaussures, j’ai passé la fin de l’étape à prier pour que quelqu’un de plus intelligent que nous (c’est pas bien compliqué) ait de la colle ou un fil sur le camp à mon arrivée. Cet épisode marquera le début de mon craquage mental.
Les kilomètres passaient assez difficilement. Mentalement, je n’y étais plus du tout. Les ampoules m’angoissaient beaucoup car comme vous l’aurez vu dans mon article de la semaine dernière, j’ai quand même pas mal de courses cette année et je ne voulais pas que de potentielles ampoules viennent toutes les compromettre. Je voulais juste arriver sur le camp, qu’on recolle mes guêtres correctement et qu’on puisse terminer cette aventure. Mais ça ne s’est malheureusement pas passé comme ça.

Après un peu plus de 4h40 je crois, je suis venue à bout de ces 23km en étant quand même dans la première moitié des femmes de la course, et ce malgré mes arrêts pour vider mes chaussures et mon craquage mental du kilomètre 7. Je me suis dit qu’il fallait absolument qu’on trouve quelqu’un qui avait pensé à prendre de la colle. Mais évidemment tout le monde avait cousu ses guêtres et personne ne pouvait nous aider.
En tentative de dernière chance, on les a scotchées en espérant que ça tienne pour le lendemain et on s’en est allé découvrir notre tente (et découvrir qu’on ne pouvait pas faire de feu car on était aussi éclatés en survie qu’en collage de guêtres et qu’il y avait trop de vent). C’était donc le premier de nos nombreux repas froids. 🙂
On est alors partis se coucher à l’heure des poules, en ne sachant pas que nous venions de vivre notre dernier jour de soleil dans le Sahara.
Rdv vendredi pour le post sur le deuxième jour ! Et pas sure qu’il soit mieux que le premier !