Trail La Chambérienne

Hello,

Vous aussi vous avez des rêves fous mais vous ne vous pensez pas assez fou pour les réaliser ? Laissez-moi vous conter l’histoire de la petite Audrey, 0 pointé au bac de sport, qui vient de réussir son plus grand objectif sportif de l’année 2022.

Tout a commencé un soir d’août quand, prise d’un élan de folie, j’ai proposé à mon copain de nous inscrire au trail « La Chambérienne » qui aurait lieu dans la ville éponyme le 12 novembre 2022, jour de nos un an et cinq mois.

Les gens qui ne courent pas (moi il y a deux ans) ne comprendront pas à quel point ce défi était fou et à quel point la Moi qui avait déjà couru six semi marathon sur route n’était pas prête mentalement pour réaliser cet exploit.

L’AVANT COURSE

1° L’entrainement

Partie la plus longue en termes de durée (trois mois, mdr) mais la plus courte au niveau des choses à raconter tellement mon entrainement spécialisé trail pour cette course a été proche du néant.

Je vis à Paris, ville avec approximativement zéro mètres de dénivelé et 1% de chemins type forets pour 99% de béton. Vous comprendrez donc rapidement que l’entrainement pour faire un trail s’est avéré compliqué.

Pourtant, tout avait bien été pensé : on commençait par la Paris-Versailles, une course sur route avec une énorme montée et plus de 200 mètres de dénivelés, puis on faisait les 20km et 350 mètres de dénivelé de la Marseille-Cassis pour apprivoiser délicatement le dénivelé et arriver plus sereinement à la Chambérienne. Oui, tout était prévu.

Le problème est que l’on n’a pas pu aller à la Marseille-Cassis au dernier moment en raison d’une petite lapine malade et donc que je me suis retrouvée à passer, sans transition, d’une course familiale de 15km et 200m de dénivelé remplie de petites mamies venues faire leur footing du dimanche à un trail de 21,5km avec 950 mètres de dénivelé entourée de gens dont le physique prouvait qu’ils pratiquaient le trail à un niveau bien plus élevé que le mien.

2° L’équipement

En bonne coureuse de route que je suis, je n’avais que des chaussures ultra légères, sans amorti ni crampon. J’ai donc dû investir dans des chaussures de trail qui, en plus d’être super moches, sont excessivement lourdes.

Une fois qu’on les avait achetées, il a fallu les tester ces chaussures. Et pour cela rien de mieux (si) que de faire 2h de route pour aller s’entrainer sur le Circuit des 25 Bosses, à Fontainebleau.

3° Les 25 Bosses

Le Circuit des 25 Bosses c’est THE place to be pour tous les traileurs en devenir d’Ile de France. Au programme : montées et descentes à n’en plus finir, à tel point que l’espace d’un instant j’ai même béni la RATP d’exister pour me permettre de faire des dizaines de kilomètres chaque jour sans activer mes jambes.

Au moment où on y est allé j’étais dans une situation très délicate au niveau santé : je dormais littéralement 12 à 15 heures par jour, j’étais malade quotidiennement, mon endocrinologue avait tenté de diminuer mes médicaments pour la thyroïde (spoiler : ça n’a pas fonctionné) et mes dernières analyses de sang étaient catastrophiques. Ce n’était donc pas le meilleur moment pour réaliser un défi sportif de cette ampleur mais le temps était compté avant la Chambérienne donc on a essayé.

Les 25 Bosses c’est, comme leur nom l’indique, un circuit de 25 bosses et le principe c’est que quand tu en fais une, ben à moins de faire demi-tour, tu es obligé de faire les 24 autres.

En voyant la première bosse et mon état physique, j’ai dit à mon copain que je ne le sentais vraiment pas. Ayant tout de même fait une heure de route à l’aller et sachant qu’on devait encore en faire une pour le retour, on s’est dit que c’était trop dommage d’abandonner à la première bosse, donc on a tenté. On a fait une bosse, deux bosses, trois bosses, quatre bosses puis j’ai dit stop et on a fait demi-tour. Tout cela ne présageait donc rien de bon pour la Chambérienne qui était quelques jours plus tard.

4° La valise

La liste de matériel imposée pour un trail diffère légèrement (excessivement) de celle imposée pour un semi marathon sur route.

C’est ainsi que je me suis retrouvée à devoir acheter une couverture de survie, un sifflet au cas où je meure, un gobelet réutilisable … et.à sortir de son carton la magnifique frontale offerte l’année dernière par mon copain qui avait l’espoir que je l’accompagne dans ses sorties longues du jeudi soir (ça a tenu un mois, mdr).

Qui dit frontale dit « piles de frontale », mais qui dit flemmarde dit « n’a jamais pris le temps d’acheter des piles de rechange ». Je suis donc partie à une course nocturne dans la forêt sans aucun éclairage, en priant simplement pour que mes piles, là depuis un an, ne lâchent pas au milieu de la course. Et ça a fonctionné. 🙂

5° Le retrait des dossards

Contrairement aux grosses courses auxquelles j’ai l’habitude de participer, pour celle-ci, le retrait se faisait le jour même, sur le lieu de départ.

Ce retrait fut l’occasion pour moi de repartir avec une énorme bouteille de bière (je ne bois pas, mais ceux qui le font ont dit qu’elle était immonde) et de découvrir que j’étais tellement au taquet, que j’étais la première à m’être inscrite de toute la course sur le format DUO. Car oui, nous l’avons faite en duo…

LA COURSE

Le départ de la course était à 19h50. Nous avions pris un charmant AIRBNB dans le centre de Chambéry donc idéalement placé mais qui se trouvait à 2,5km du départ et de l’arrivée de la course.

Après donc 2,5km pour aller chercher les dossards, 2,5km pour rentrer et 2,5km pour y retourner à 19h, nous voilà donc sur la ligne de départ, prêts à se lancer dans ce qui allait être l’épreuve la plus compliquée que j’aie vécue dans ma petite vie (bientôt 25 ans).

19h50 : le GO est donné. Me voilà en train de courir au milieu de gens dont les mollets musclés sont les meilleurs témoins de l’écart de niveau entre le leur et le mien.

Le calvaire commence au 2e kilomètre (sur 21,4, ahahahahahahahha). Une énorme montée d’escaliers que beaucoup redoutent me met un coup au moral. J’ai chaud (alors que j’avais peur de ne pas être assez habillée), m’arrête donc pour enlever mon imperméable et vois tous les autres me doubler.

Je repars difficilement, éteint la musique qui défilait dans mes oreilles comme lors de chaque course mais qui, pour une fois, ne m’apportait rien de positif et atteint difficilement le ravitaillement du 6e kilomètre. En arrivant sur ce ravitaillement, je reçois un énorme coup de booster d’énergie et de motivation en entendant le bénévole (merci <3) me servir un verre de Coca Cola rempli de bulles. Et hop, c’est reparti.

Les kilomètres défilent difficilement. Je cours (si on peut appeler cela courir) à une allure quasiment égale au double de mon allure de course habituelle. Certains passages ressemblent à des tracés d’escalade tellement le dénivelé est important et le terrain peu praticable mais hop, je ne peux pas lâcher. De toute façon, pour revenir au point de départ il reste autant de kilomètres que pour aller à l’arrivée donc pourquoi abandonner ?

Nous ne voyons personne à l’horizon, ce qui laisse penser qu’on peut potentiellement réussir l’exploit de finir derniers et les faibles barrières horaires me font redouter de ne pas pouvoir terminer. Mais bref, pas le temps ni l’énergie suffisante pour réfléchir, il faut déjà y retourner.

Arrivés au ravitaillement du 10e kilomètre, je commence à comprendre que j’ai peut-être un peu (beaucoup) surestimé mes compétences de traileuse.

Les montées s’enchainent jusqu’à n’en plus finir. Littéralement. Je ne sais pas si c’est mon côté marseillaise ou si j’ai vraiment vécu cela, mais j’ai eu l’impression de monter en continu pendant 40 minutes non stop. Et pas des petitesmontées, non non, de L’ESCALADE.

Kilomètre 16, 3e et dernier ravitaillement de cette folle aventure. Je ne sais pas quelle heure il est, mais il est suffisamment tard pour avoir raté le prime de la Star Academy, et ça, ça me soule. Il y a vraiment des gens qui préfèrent courir 21 bornes plutôt que regarder la Star Ac ? Et j’en fais vraiment partie ? Et en plus j’ai PAYE pour ça ? Que de folies !

On marche, on croise un homme blessé avec les secours à ses côtés. Les bénévoles nous disent de ne pas aller trop vite pour ne pas glisser nous aussi. Ahaha, s’ils savaient, aucun risque pour nous d’être en excès de vitesse là…

Les derniers kilomètres sont un peu moins compliqués mais mon mental craque. On arrive au 21e kilomètre. Dans ma tête, je m’étais préparée à courir la distance d’un semi marathon, soit 21,1km comme l’indiquait le règlement de la course, mais gros choc : le 21e kilomètre ne laisse entrevoir aucune ligne d’arrivée. Vraiment AUCUNE.

L’histoire finira par dire qu’il y avait en réalité 21,5 kilomètres pour 950 mètres de dénivelé. Les larmes se sont mises à couler pour la première fois de ma vie en franchissant la ligne d’arrivée. Partagée entre douleurs musculaires et fierté personnelle, je me suis promise de ne plus jamais faire ce genre de choses.

Aujourd’hui, deux semaines et demie plus tard, je vous écris en préparant ma valise pour la petite SaintéLyon de 24km. Même type de course, même conditions et donc même folie dans cette décision.

A bientôt,

Audrey

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