Cher cousin,

Je suis toujours passée par les mots pour soigner mes maux. J’ai toujours cru qu’écrire pourrait me permettre de guérir. J’ai toujours été convaincue que dire les choses me permettrait de m’en sortir.

Notre vie s’est arrêtée samedi 8 juin. Ton accident de la veille, les larmes de ma mère, mon incompréhension initiale, la colère qui s’installait, mais aussi la volonté d’y croire et cette conviction intime que tu t’en sortirais.

J’appréhendais tellement de te voir comme ça. J’appréhendais tellement de ne pas te reconnaitre, de ne pas retrouver celui que j’avais limite vu naitre. Et pourtant…

Evidemment, tu as changé. Mais je crois que cette épreuve m’a autant changée que toi. Si « grâce » à toi j’ai appris que tout était éphémère, j’ai surtout appris que rien n’était plus précieux qu’une minute de plus passée sur cette Terre.

Les médecins disent que tu es fragile, tu avais pourtant l’air si fort. Bien plus que nous qui pleurons autant qu’on t’aime devant ton lit. Bien plus que nous qui maudissons à un point inimaginable la vie.

Tu nous as donné la plus grande leçon de courage de toute notre existence mais si tu savais à quel point c’est difficile, si tu savais à quel point on prie pour que tu ailles bien, si tu savais à quel point ton retour est la seule chose à pouvoir nous faire du bien.

Les jours passent. L’attente devient insoutenable mais l’espoir reste parce que devant ton courage, on sait qu’on n’a pas le droit de sombrer.

Si tu savais comme on t’aime. Mais tu le sauras un jour, j’en suis convaincue. Je crois tellement en la vie que je n’imagine pas que la mort puisse gagner.

Je t’aime tellement. Pardon de ne pas l’avoir dit avant.

Audrey