(Plus aucune régularité dans mes publications d’articles, désolée. Je suis en vacances d’été dans trois semaines, qui m’aime me suive jusque là)
Vendredi 30 mars
19h : C’est parti pour trois heures de train afin de retrouver ma formidable, merveilleuse, que dis-je inégalable ville de naissance Saint-Etienne aka l’endroit où l’installation d’un banc en forme de coeur est l’événement de l’année (pas une blague, ils nous en ont parlé trois semaines, à la fin tu fais tellement une overdose du truc que t’as même plus envie de t’y asseoir dessus, bref).
Mon inconscient me disait que je faisais une connerie de revenir chez mes parents le week-end de Pâques + le week-end de début de grève à la SNCF. Mais bon, étant aussi inconsciente que mon inconscient, ben je suis rentrée quand même.
J’ai eu tort. Vraiment tort. Mais ça, je l’ai su trop tard.
Samedi 31 mars
Ma formidable (et ça c’est pas ironique) mère étant beaucoup moins insouciante que moi (si les chiens ne font pas des chats, je ne sais pas qui m’a faite, mais pas elle) commence à me dire « Audrey, tu penseras à regarder les horaires de train pour lundi ». J’ouvre ma petite appli SNCF (alala la technologie…) et vois que le train qui part à 14h50 me fait arriver à 17h45. Parfait. Ca me permettra d’éviter la grève censée débuter qu’à 19h et en plus je pourrai partir après le repas. Mais que la vie est bien faite dis donc.
Dimanche 1 avril
N’ayant pas assez d’inspiration pour en faire aux autres, je me fais des petites blagues à moi-même sur le (long) (très long) (trop long) trajet pour aller chez mes grands-parents : « ahaha imagine s’il y a un problème sur la ligne et que tu restes bloquée à la gare de lundi soir à jeudi matin ahahahahahah trop drôle ». Je ne sais pas si je suis voyante, pas drôle ou un peu des deux, mais ce que je sais c’est que cette blague fut tout de suite moins marrante quand elle est devenue réalité.
Lundi 2 avril
14h50 : train à l’heure, petite odeur de brûlé sur le trajet mais pas assez pour m’inquiéter. Toute joyeuse, j’arrive à la gare à Lyon et descends mes douze valises (parce qu’évidemment c’était LE jour que j’avais choisi pour rapporter quinze paires de chaussures et deux oreillers, sinon c’est pas drôle) (déjà que ça ne l’est pas beaucoup). J’attends 45 minutes ma correspondance et monte enfin dans le deuxième train que je suis censée prendre.
16h14 : bien installée dans mon petit siège en train de réviser mes cours telle une enfant sage, j’envoie un message à mes parents pour leur dire que CA Y EST, tout va bien, je suis dans le train qui va partir d’une minute à l’autre et que j’ai vaincu la SNCF.
Ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Et ne jamais envoyé de SMS à ses parents avant que le train ait démarré.
16h14 et quelques secondes : un charmant monsieur nous annonce au micro que notre tout aussi charmant train ne peut pas partir car la prison de Saint-Quentin-Fallavier a pris feu à 16h08 soit six minutes avant notre prétendu départ et que les flammes atteignent la voie que nous sommes censés emprunter. Je regarde mon voisin, mon voisin me regarde, je regarde mon voisin, mon voisin arrête de me regarder et se lève pour sortir du train.
Ma flemme (et mes quinze sacs) me crient de rester là en attendant que le train puisse repartir. Les autres passagers font la même chose. Quand soudain, malheur, la voix d’un monsieur cette fois beaucoup moins charmant nous annonce que notre train est supprimé et que le prochain (qui était dans une heure, bien sûr) sera retardé.
Je descends, retourne dans le hall de la gare. Commence à attendre. Une demi-heure, une heure, une heure trente. L’heure tourne, la grève de 19h se rapproche, ma batterie s’épuise presque autant que moi plantée là sur mes talons de 15cm.
La circulation est rétablie à 17h30 dans le sens Grenoble-Lyon mais toujours rien du côté de Lyon-Grenoble, sens que je dois bien évidemment emprunter. Ceci aurait pu être marrant si je n’avais pas eu deux oraux cette semaine. Mais bien sûr, j’avais deux oraux cette semaine.
Je commence à voir 19h et la grève se rapprocher dangereusement. Qu’est-ce que je vais faire si à 19h on nous dit que plus aucun train ne circule ? Rester dans la gare jusqu’à jeudi ? Rater mes oraux ? Rater mon semestre ? Rater mon année ? Eh oh doucement, j’ai pas besoin de ça pour les rater mes études.
18h et quelques : on commence à s’impatienter sur les réseaux sociaux. Mes larmes retenues depuis deux heures coulent dans le hall de la gare. A ce moment-là le dieu de la SNCF a dû avoir pitié parce que dix minutes après, le Twitter de la région nous indiquait que ça y est, la caténaire allait bien et le train pourrait partir d’ici quelques minutes.
On commence à tous dire à la SNCF que ce serait cool de mettre deux trains au lieu d’un seul car là il y avait trois fois plus de gens qu’en temps normal puisque trois trains avaient été supprimés et qu’un seul ne suffirait pas.
Quand soudain, annonce de la voie. Une marée humaine commence à courir dans toute la gare pour rejoindre le quai. Les gens hurlent, se bousculent, piétinent des gosses tombés par terre. Même Justin Bieber ne pourrait pas ameuter la foule à ce point. Voie F. Seul quai où l’Escalator ne marche pas. Forcément.
J’arrive enfin sur le quai F quand, au loin, j’aperçois un train des années 60 qui s’approche de nous. Je commence à me dire « non, ils n’ont pas osé faire ça, ils n’ont pas osé nous mettre un train qui fait même pas la moitié des nouveaux trains dans lesquels nous ne serions déjà pas tous rentrés, NON ».
Et ben, si. Un peu rassurés sur mon sort, je me suis dit que si je ratais mes oraux donc mes études je pourrais aller bosser à la SNCF parce que visiblement c’est pas sur l’intelligence que les employés sont recrutés.
Les gens hurlent ‘on dirait mai 68′. Des vigiles sont obligés de nous calmer et nous faire rentrer deux par deux pour éviter que quelqu’un crève en montant dans leur train. Une fois à l’intérieur, je me retrouve dans un couloir plus petit que mon cerveau (qui n’est déjà pas grand) où même se mettre en tailleur est impossible. Je me dis, allez plus qu’une heure trente (le temps d’arriver à Grenoble) d’horreur.
Lol.
Double lol.
Triple lol.
On reste à l’arrêt pendant plus d’une demi-heure sans avoir aucune information à part celles que la community manager des TER de la région voulait bien me donner….nous restions donc à l’arrêt pour permettre à tous les trains de notre ligne de garder une distance de sécurité suffisante entre eux. MAIS ??????? Aucun train ne circule sur notre ligne depuis trois heures sinon on serait pas mille entassés dans un train de deux cent places donc le train parti il y a trois heures a eu le temps d’arriver, de se reposer voire de repartir.
Soit. On part enfin. Fini le cauchemar……ah ben non.
On roule à 10km/h « au cas où la caténaire craque à cause de l’incendie parce que vous êtes les premiers à passer donc on sait pas trop si ça tient ». Euh? Euh? EUH? Ok Audrey ne dis rien, lis ton cours de droit fiscal, tiens c’est bien le droit fiscal.
Une heure après, on entend un micro s’allumer. On se dit qu’on va avoir des informations. Non non, juste le contrôleur qui nous annonce qu’on va enfin arriver au premier arrêt de la ligne (censés être à quinze minutes de Lyon, mdr) et qu’il faut veiller à attendre l’arrêt du train et à descendre uniquement sur un quai. M D R. Bébé t’as vraiment cru qu’on avait attendu quatre heures notre train pour sauter sur les rails ???
21h : la géolocalisation Snapchat m’annonce que Grenoble se rapproche de plus en plus. Je vois enfin la gare telle une apparition divine. On arrive. Les portes du train ne s’ouvrent plus. Coupure d’électricité.
J’ai même plus assez de larmes pour pleurer. J’espère juste qu’une caméra est cachée dans le train histoire que ça nous permette au moins de devenir riches et célèbres.
21h et quelques : j’arrive enfin dans mon appartement. Même plus la force de crier ma rage sur mon blog, j’ai été contrainte d’attendre aujourd’hui pour le faire.
#VisMaVie #EnFaitNonGardeLaTienne
Audrey
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